Menace sur la revalorisation des retraites complémentaires

INFO LE PARISIEN. Coup dur pour les cadres. Selon nos informations, la valeur du point qui sert à calculer le montant des pensions ne devrait plus être indexé à l’inflation à partir du 1er novembre.



Le sort de la revalorisation des retraites complémentaires Agirc-Arrco se joue officiellement jusqu’au 1er octobre. Mais selon nos informations, la décision semble déjà scellée : une sous-indexation de 0,5 point par rapport à l’inflation, décidée pour compenser un déficit de quatre milliards d’euros des régimes en 2020, devrait bien être appliquée à partir du 1er novembre. Un coup dur pour les ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise, pour qui les complémentaires représentent jusqu’à 60 % du montant de leur retraite.

Concrètement, d’après une note que nous nous sommes procurée datée de début septembre, au lieu d’une augmentation de 1,4 % de la valeur de service du point retraite (soit un coefficient multiplicateur de 1, 014 qui s’applique à la valeur actuelle de service multipliée par le nombre de points acquis dans la carrière, et permet d’établir le montant annuel de la pension) pour suivre le niveau de l’inflation calculée par les caisses pour 2021, la hausse devrait finalement être limitée à 0,9 %.


Une perte de pouvoir d’achat de 1 % sur deux ans Alors que les prix explosent dans bien des secteurs, cette sous-indexation aura mécaniquement pour conséquence une perte de pouvoir d’achat — à hauteur de 1 % sur deux ans — pour les 13 millions de retraités cotisant à ces régimes. Et l’impact se répercutera sur tous les futurs retraités puisque la valeur du point aura décroché de l’inflation en 2021 et 2022. Sans parler, pour le demi-million de personnes qui liquident leur retraite cette année, du prix d’achat du point qui reste à sa valeur de 2020 alors qu’il aurait dû baisser de 5 %.

Un tour de vis général acté par le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco qui pourrait encore être contesté. Mais, selon nos informations, certains syndicats gestionnaires des caisses de retraite complémentaire, qui ont le pouvoir de s’opposer à son entrée en vigueur, n’y mettront pas leur veto. Quel est le dessous des cartes ? L‘accord prévoyant cette sous-indexation des pensions — négocié cet été par les partenaires sociaux — a recueilli seulement les signatures de la CFDT, la CFTC et celle du patronat. Il est donc minoritaire car il n’a pas la majorité des voix des organisations représentant les salariés. Une première dans l’histoire des caisses de retraite. Ainsi, selon les règles de gouvernance, dans ce cas de figure, l’accord peut être réputé nul et non avenu si la totalité des non-signataires exercent leur droit d’opposition d’ici au 1er octobre. Pour cela, il faut donc que trois syndicats (FO, CGT et CFE-CGC) enclenchent la procédure.

Or, le syndicat d’Yves Veyrier (FO) ne va pas faire valoir son droit d’opposition. « Il y a un risque juridique si l’on dénonce cet accord : que les retraités se retrouvent avec zéro augmentation. Il vaut mieux ça que rien ! » fait valoir Michel Beaugas, négociateur de FO. Quant à la CGT, certains au sein du syndicat semblent traîner aussi des quatre fers. Le sujet qui doit être débattu n’a toujours pas été mis à l’ordre du jour de ses instances.

Un seul syndicat s’y oppose Seule la CFE-CGC qui représente les cadres va enclencher son droit d’opposition. Son président François Hommeril l’annoncera officiellement ce mardi. « L’argument du risque juridique, c’est de la poudre aux yeux ! Même si l’on est tout seul à le faire, ce sera clair et net vis-à-vis de nos militants. Les autres syndicats devront expliquer aux retraités pourquoi ils n’ont pas défendu leur pouvoir d’achat ! » tonne Pierre Roger, le négociateur CFE-CGC.

Malgré le déficit de quatre milliards en 2020 (le régime était excédentaire en 2019), l’Agirc-Arrco a encore 65 milliards d’euros de réserve dans ses caisses. De quoi tenir neuf mois, soit bien plus que la règle d’or l’obligeant à thésauriser l’équivalent de six mois. « On fait payer la crise aux retraités ! Il n’y avait aucune de raison ni aucune urgence à faire cet accord d’autant qu’il y aura probablement une réforme des retraites avec des économies à la clé », poursuit Pierre Roger.

Lors des négociations réclamées par le Medef, son chef de file (qui est aussi le directeur général de Sanofi) avait mis en avant que cet effort ne représente que « quelques euros en moins » par an pour les retraités. Un argument qu’ont contesté alors plusieurs des négociateurs. « Ces quelques euros en moins sur une année, ce sera une perte pouvoir d’achat qui s’ajoutera aux 10 % déjà perdus en 25 ans », avaient-ils fait valoir lors des discussions cet été.

Sources : Le Parisien - 18-09-2021
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