Tensions sur le marché du travail - des explications



La faible attractivité de certains métiers explique la récente augmentation des tensions sur le marché du travail (Dares)


Si elle n’est pas nouvelle, la problématique de tensions sur le marché du travail est centrale dans cette période de reprise, a rappelé le Premier ministre, Jean Castex, lundi 27 septembre 2021 (lire sur AEF info). Une étude publiée par la Dares revient sur ce phénomène, expliquant qu’à partir de 2015, la France est caractérisée par une dégradation de ces tensions, liée principalement à une faible attractivité des métiers. "Si les actions d’amélioration de la formation [initiale comme continue] sont nécessaires pour résoudre les problèmes structurels de compétences, l’apaisement des difficultés de recrutement [et la baisse du chômage] pourrait donc aussi passer par l’amélioration des conditions de travail et/ou la revalorisation des salaires dans certains métiers", soulignent les auteurs de l’étude.

"Avec la levée des contraintes sanitaires, le marché du travail semble retrouver sa situation d’avant crise dans la plupart des pays européens : les pénuries de main-d’œuvre, déclarées par les entreprises dans les enquêtes de conjoncture, augmentent nettement et le taux de chômage s’établit à 7,5 % en août dans la zone euro, soit son niveau de fin 2019", soulignent Sébastien Grobon, Ismaël Ramajo et Dorian Roucher dans une étude publiée par la Dares, vendredi 1er octobre 2021.

"La France ne fait pas exception. Le chômage s’établit à 8,0 % au deuxième trimestre 2021 [contre 8,1 % fin 2019]. En outre, la part des entreprises qui signalent des difficultés de recrutement est en forte hausse en juillet, retrouvant des niveaux proches de ceux d’avant crise dans la plupart des secteurs d’activité, sauf pour les matériels de transports et, dans une moindre mesure, l’agroalimentaire et les transports", ajoutent-ils.


DÉGRADATION DEPUIS 2015

"Au premier trimestre 2020, les besoins de recrutement diminuent brutalement avec le début de la crise sanitaire. Cette dernière va fortement modifier les comportements d’activité, notamment parce que les personnes en recherche d’emploi sont contraintes d’arrêter leurs recherches pendant les confinements. Dans ce contexte, au deuxième trimestre 2020, la baisse des besoins de recrutement se poursuit et elle s’accompagne d’une forte hausse du chômage augmenté du halo, comme cela est traditionnellement le cas en période de récession", résument les trois auteurs.

Au-delà de ce choc conjoncturel, les auteurs interrogent, sur le moyen terme, les évolutions structurelles des tensions observées sur le marché du travail. Entre 2003 et 2015, "les phases d’expansion [2006-2007 et 2010-2011] se traduisent par une hausse des difficultés de recrutement et une baisse du chômage, tandis que les phases de contraction [2008-2009 et 2012-2013] ont des effets inverses". À compter de 2015, les auteurs observent une évolution du marché du travail. En effet, à partir de ce moment, "les difficultés de recrutement augmentent plus nettement, alors que la baisse du chômage est plus modérée", témoignant d’une dégradation du marché du travail via une augmentation du chômage structurel. "Cette dégradation est spécifique à la France et dans une moindre mesure à l’Espagne et à l’Italie. Elle est nettement plus limitée au Royaume-Uni et en Allemagne", constatent-ils.


6 MÉTIERS SUR 10 "EN FORTE TENSION"

"Entre 2015 et 2019, la hausse des tensions au niveau macroéconomique s’accompagne d’un accroissement du nombre de métiers concernés. En 2019, 6 métiers sur 10 sont en forte tension de recrutement, alors que seul 1 sur 4 l’était en 2015", poursuivent les auteurs. À partir des récents indicateurs établis par la Dares et Pôle emploi (lire sur AEF info), ils évoquent quatre types de cas :

  • Absence de main-d’œuvre formée : "Les demandeurs d’emploi n’ont pas les compétences requises pour exercer des métiers qui sont pourtant attractifs du point de vue des conditions de travail". Un tiers des cas de tensions serait expliqué par cette cause. "Cela concerne beaucoup de métiers pointus de l’industrie [techniciens de la mécanique ou de l’électricité par exemple], du bâtiment [plombiers, charpentiers] et la quasi-totalité des métiers d’ingénieurs dans l’industrie, le bâtiment ou l’informatique", avancent les trois auteurs.

  • Conditions de travail non attractives : Cela concernerait un quart des cas avec notamment "les aides à domicile, les conducteurs routiers, les ouvriers non qualifiés de l’industrie [agroalimentaire, bois, métal, etc.], ou certains ouvriers qualifiés de l’industrie et du bâtiment ainsi que les serveurs".

  • Combinaison des deux facteurs : "Sont concernés la plupart des métiers de bouche (cuisiniers, bouchers, boulangers) mais également les aides-soignantes" et le phénomène est observé dans un cas sur cinq.

  • Diverses causes : par exemple, "l’inadéquation géographique apparaît particulièrement forte pour les assistantes maternelles".

L’ATTRACTIVITÉ À L’ORIGINE DES ÉVOLUTIONS RÉCENTES

Si les problématiques de formation étaient déjà observées en 2015, ce n’était pas le cas pour les métiers caractérisés par des conditions de travail non attractives. "Même si les effets liés à la conjoncture peuvent bien évidemment jouer sur cette période 2015-2019, il semblerait que la forte poussée des tensions et l’apparition d’un désalignement inhabituel entre difficultés de recrutement et chômage en France sur ces cinq ans résultent moins d’un problème de formation, déjà existant, que d’un problème d’attractivité dans une trentaine de métiers", considèrent Sébastien Grobon, Ismaël Ramajo et Dorian Roucher.

Au final, "si les actions d’amélioration de la formation [initiale comme continue] sont nécessaires pour résoudre les problèmes structurels de compétences, l’apaisement des difficultés de recrutement [et la baisse du chômage] pourrait donc aussi passer par l’amélioration des conditions de travail et/ou la revalorisation des salaires dans certains métiers".


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