Le mardi 29 septembre 2026, plus de 130 élu(e)s et mandaté(e)s se sont retrouvés au Cloud Business Center, à Paris, pour la première édition de la rentrée INOVA CFE-CGC.
Pensée comme un temps de retrouvailles après l'été, cette journée avait surtout pour ambition de prendre de la hauteur sur les transformations du monde du travail. Nouvelles générations, travail réel, rémunération, intelligence artificielle, engagement syndical et avenir du dialogue social : les échanges ont permis de croiser les regards, de confronter les analyses aux réalités du terrain et de faire émerger des pistes d'action concrètes.
Retour sur une journée à l'image des quatre marqueurs de la Fédération INOVA CFE-CGC : le collectif, la proximité, la formation et l'innovation.
Une rentrée construite avec les élu(e)s et mandaté(e)s
Dès l'ouverture, Jamel Hamdaoui, Président Fédéral INOVA CFE-CGC, a rappelé que cette journée avait été pensée à partir des attentes exprimées par les élus et mandatés.
Une consultation menée avant l'été avait permis de recueillir une centaine de contributions et de faire émerger les sujets prioritaires à traiter. Le programme a donc été conçu pour répondre aux préoccupations concrètes rencontrées dans les entreprises, tout en ouvrant une réflexion plus large sur l'avenir du travail et du syndicalisme.
La journée a alterné tables rondes, quiz juridique, échanges avec les intervenants, conférence philosophique et rencontres avec les partenaires présents dans le Village.
« On est là pour apprendre, pour partager, pour débattre, pour s'inspirer les uns des autres, pour que vous puissiez repartir grandis dans vos mandats. » - JAMEL HAMDAOUI
Cette ambition s'est retrouvée dans les premiers témoignages recueillis après l'événement. Les participants ont notamment souligné la qualité des intervenants, la diversité des approches et la convivialité de cette rentrée, qui a permis de retrouver les collègues tout en prenant de la hauteur sur les enjeux du monde du travail.
Nouvelles générations au travail : rupture ou renaissance ?
La première table ronde, animée par Eva Ben-Saadi, était consacrée au rapport des nouvelles générations au travail. Pour dépasser les clichés sur les jeunes salariés, deux regards complémentaires ont été croisés : celui de Stewart Chau, de Destin Commun, à partir des études et des évolutions sociétales, et celui de Camille Cannevière, élue et engagée au sein d'INOVA CFE-CGC.
Des attentes qui évoluent, mais pas un rejet du travail
Les jeunes ne constituent pas un groupe homogène. Leur rapport au travail dépend de leur âge, de leur parcours, de leur situation sociale et de leur entrée dans la vie professionnelle.
Les études présentées pendant la table ronde montrent d'ailleurs que les jeunes actifs ne sont pas nécessairement moins satisfaits de leur travail que leurs aînés. Leurs attentes fondamentales restent proches : le salaire, la reconnaissance, l'équilibre de vie, le sentiment d'utilité et la qualité des relations au travail.
Ce qui évolue, c'est surtout la manière dont ces attentes sont exprimées et la place accordée au travail dans l'existence.
« Ils ne sont pas réfractaires à l'effort ou à la contrainte. C'est plutôt qu'ils ont besoin de savoir dans quelles conditions ils vont s'investir. » - CAMILLE CANNEVIÈRE
Les nouvelles générations souhaitent comprendre ce qu'elles font, pourquoi elles le font et dans quel cadre elles vont évoluer. La quête de sens ne signifie pas nécessairement vouloir exercer un métier qui transforme le monde. Elle peut simplement consister à comprendre la finalité de son activité et à percevoir concrètement son utilité.
Le travail n'est plus le centre de tout
La place du travail a ensuite été largement discutée. Les intervenants ont montré que les jeunes salariés ne rejettent pas le travail, mais refusent de lui consacrer toute leur vie.
L'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle devient un prérequis. Les salariés peuvent accepter un effort important, mais à condition qu'il soit expliqué, limité dans le temps et réparti de manière équitable.
Cette évolution interroge directement le management. L'autorité descendante ne suffit plus. Les salariés attendent davantage de visibilité, de reconnaissance, d'accompagnement et de confiance.
La carrière elle-même change de définition. Elle ne correspond plus forcément à une trajectoire linéaire dans une seule entreprise. Elle se construit davantage par étapes, à travers les compétences acquises, les responsabilités prises et les expériences successives.
La mobilité professionnelle ne traduit donc pas systématiquement un désengagement. Elle peut aussi exprimer une volonté de progresser et de construire un parcours cohérent.
Un engagement syndical à rendre plus lisible
La discussion a également porté sur l'engagement syndical des jeunes salariés. Plusieurs freins ont été identifiés : la peur d'un impact sur la carrière, la méconnaissance du rôle des organisations syndicales et la difficulté à dégager du temps.
Pour autant, les jeunes ne sont pas nécessairement moins engagés. Ils peuvent privilégier des formes d'engagement plus ponctuelles, plus horizontales et davantage centrées sur une cause ou un projet précis.
La table ronde a donc posé une question essentielle pour l'avenir : comment rendre l'engagement syndical plus accessible, plus concret et plus lisible pour des salariés qui ne se projettent plus forcément dans une organisation pour plusieurs décennies ?
L'intelligence artificielle comme révélateur des choix collectifs
La première table ronde s'est achevée sur l'intelligence artificielle. Les échanges ont rappelé que l'IA ne doit pas être envisagée uniquement comme un outil de productivité.
Elle peut permettre de supprimer certaines tâches répétitives, de libérer du temps, de renforcer la formation et d'améliorer les conditions de travail. Mais elle peut aussi conduire à une densification du travail si le temps gagné est immédiatement réutilisé pour produire davantage.
L'enjeu ne sera donc pas seulement de savoir ce que l'intelligence artificielle peut faire, mais de décider collectivement de ce que les organisations veulent en faire.
Le quiz juridique : apprendre en participant
Avant la deuxième table ronde, les participants ont été invités à prendre part à une simulation judiciaire autour de trois décisions récentes de la Cour de cassation.
Animé par Pierre-Alain Durat, ce quiz a permis d'aborder de manière pédagogique trois sujets importants pour les représentants du personnel : la liberté d'expression des salariés, le harcèlement d'ambiance et le paiement des heures supplémentaires lorsqu'elles sont nécessaires à l'accomplissement du travail.
Les participants ont été invités à se prononcer avant de découvrir la réponse juridique. Cette séquence a permis de rappeler l'importance de connaître les droits applicables, mais aussi de savoir documenter les situations vécues.
Noter ses horaires, conserver ses plannings, garder les mails et les messages professionnels, signaler les difficultés et solliciter les représentants du personnel sont autant de réflexes utiles pour accompagner les salariés et faire reconnaître le travail réellement effectué.
Travail réel, salaire réel : êtes-vous sûr que tout est conforme ?
L'après-midi s'est poursuivie avec une table ronde consacrée au décalage possible entre le travail prévu sur le papier et le travail réellement effectué.
Élise Benisti, Avocate en droit social, et Carine Lenoir, de Momentum Services, ont croisé leurs regards juridiques et leur expérience du terrain.
Classification, rémunération et responsabilités
La première question était très concrète : le statut, la classification et le salaire correspondent-ils encore aux missions réellement exercées ?
Au fil du temps, les responsabilités peuvent augmenter sans que le poste, le coefficient ou la rémunération évoluent. Une situation qui finit parfois par être considérée comme normale, alors qu'elle mérite d'être examinée.
La convention collective, la classification, les critères d'autonomie et de responsabilité, les minima de branche et les fonctions réellement exercées constituent les premiers éléments à vérifier.
« Le contrat, ce n'est pas seulement le papier, ce n'est pas que le document. » - ÉLISE BENISTI
Les échanges ont rappelé que la relation contractuelle se construit aussi dans la durée. Un poste peut évoluer progressivement, avec de nouvelles missions et de nouvelles responsabilités, sans qu'un avenant soit immédiatement proposé.
Les écarts de rémunération doivent pouvoir s'expliquer
Les différences de salaire entre collègues ont également été abordées.
Deux salariés qui exercent des fonctions similaires ne perçoivent pas nécessairement une rémunération identique. Des éléments objectifs peuvent justifier un écart, notamment l'expérience, le diplôme, l'ancienneté dans le métier, les compétences acquises ou les conditions de changement de poste.
Mais ces écarts doivent pouvoir être expliqués et vérifiés. Les évolutions attendues en matière de transparence salariale devraient contribuer à améliorer l'accès aux informations sur les rémunérations et à mieux identifier les éventuelles inégalités de traitement.
La table ronde a également rappelé qu'un mandat syndical ne doit pas pénaliser l'évolution professionnelle ou salariale. La discrimination peut être directe, mais aussi indirecte, lorsque les objectifs restent identiques alors qu'une partie du temps de travail est consacrée à l'exercice d'un mandat.
Le forfait-jours ne signifie pas que tout est permis
Le forfait-jours a suscité de nombreuses réactions parmi les participants.
Les situations évoquées ont permis de rappeler que ce régime ne dispense pas l'employeur de suivre la charge de travail, les temps de repos et les conséquences éventuelles sur la santé des salariés.
Les horaires décalés, les retards, les périodes de sous-effectif et les pics d'activité peuvent rendre difficile le respect des temps de repos. Le fait d'être autonome dans l'organisation de son emploi du temps ne signifie pas que l'on doit travailler sans limite.
Le droit à la déconnexion a également été abordé à partir de situations très concrètes : mails reçus le soir, messages pendant les congés, préparation de réunions durant les périodes de repos et difficulté à couper réellement avec son activité professionnelle.
Le message transmis aux participants était clair : il est important de tenir ses plannings, de noter ses horaires, de signaler les situations anormales et de poser ses heures de délégation.
Agir en amont
Lorsqu'un salarié rencontre une difficulté, le premier réflexe ne doit pas nécessairement être le contentieux. Il peut s'agir de recueillir les faits, de conserver les éléments utiles, d'alerter les représentants du personnel et de rechercher une solution dans le dialogue.
Les représentants du personnel ont ici un rôle essentiel : écouter, orienter, aider à qualifier une situation et mobiliser un accompagnement juridique lorsque cela devient nécessaire.
Le syndicalisme de demain : évolution nécessaire ou disparition annoncée ?
La troisième table ronde a réuni Christelle Thieffine, Présidente Confédérale de la CFE-CGC, Estelle Sauvat, Présidente du Groupe Alpha, et Jamel Hamdaoui, Président Fédéral INOVA CFE-CGC.
Le titre volontairement provocateur a permis d'aborder les fragilités du syndicalisme, mais aussi ses ressources et ses perspectives.
Revenir sur le terrain
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renouer avec le travail réel et avec les salariés.
La proximité ne doit pas se limiter à une présence ponctuelle. Elle suppose de comprendre les situations, d'écouter les équipes, de faire remonter les difficultés et d'être capable de proposer des réponses adaptées.
Cette exigence est d'autant plus importante que les représentants du personnel doivent aujourd'hui intervenir sur des sujets de plus en plus techniques : transformations des métiers, santé mentale, intelligence artificielle, rémunération, réorganisations et partage de la valeur.
Choisir ses combats et se former
Face à la multiplication des sujets, le syndicalisme ne peut pas prétendre être expert de tout. Il doit apprendre à prioriser ses combats, identifier les enjeux les plus importants et aller chercher des résultats concrets.
La formation apparaît comme une condition de l'efficacité syndicale. Pour négocier, analyser une situation économique, comprendre une transformation technologique ou défendre les salariés, les représentants doivent disposer d'outils solides.
La proximité et la compétence sont donc indissociables. Il faut être proche du terrain pour comprendre les problématiques, mais aussi être formé pour pouvoir les traiter.
L'intelligence artificielle, un enjeu syndical majeur
Les trois intervenants ont considéré l'intelligence artificielle comme un sujet stratégique pour le syndicalisme.
Elle peut transformer les métiers, modifier les parcours professionnels, fragiliser l'accès des jeunes à l'emploi, densifier le travail et poser de nouvelles questions sur la souveraineté des données.
Le syndicalisme doit donc s'emparer de l'IA avant que les décisions ne soient déjà prises. Les représentants du personnel doivent comprendre comment ces outils sont utilisés dans leur entreprise, quels métiers sont concernés et quels effets sont observés sur l'organisation du travail.
L'objectif n'est pas seulement de réagir lorsque les conséquences apparaissent, mais de participer aux choix qui déterminent les transformations à venir. Un sujet porté au plus haut niveau confédéral par Christelle Thieffinne, qui en a fait l'un des axes clés de sa campagne à la tête de la CFE-CGC : « IA et emploi ».
Inventer de nouvelles formes d'engagement
La relation au travail ayant changé, les formes d'engagement doivent elles aussi évoluer, et de nouvelles formes d'engagement syndical pourraient voir le jour.
Les salariés peuvent être intéressés par une cause, un projet ou une action précise sans souhaiter s'inscrire immédiatement dans une organisation structurée. Cette réalité invite à réfléchir à des formes d'adhésion plus modulaires et à des parcours d'engagement syndical plus souples.
La communication devient également essentielle. Il ne suffit plus d'être visible au moment des élections. Il faut expliquer régulièrement ce qui est fait, consulter les salariés, utiliser les réseaux sociaux et rendre l'action syndicale plus lisible.
Le syndicalisme moderne n'est donc pas seulement un syndicalisme plus technologique. C'est un syndicalisme capable d'utiliser les bons outils pour être plus proche, plus réactif et plus efficace.
Julia de Funès : remettre l'action, le sens et la confiance au cœur du travail
La journée s'est achevée avec la conférence de Julia de Funès, Philosophe et Conférencière.
Dans un contexte marqué par les crises, l'incertitude et l'accélération technologique, elle a proposé un message d'optimisme responsable. Les crises peuvent obliger les individus et les organisations à sortir de leurs habitudes, à revoir leurs certitudes et à inventer de nouvelles opportunités.
Julia de Funès a notamment questionné plusieurs notions très présentes dans le monde du travail : le management, la bienveillance, les « talents », le bien-être et l'intelligence collective.
Elle a expliqué que, lorsqu'elles deviennent des mots à la mode ou des processus appliqués automatiquement, ces notions peuvent compliquer le travail, éloigner les équipes de l'essentiel et nuire à l'efficacité.
Son intervention s'est structurée autour de trois leviers :
- La prise de risque, indispensable pour agir, expérimenter et ne pas rester paralysé par la recherche du risque zéro.
- Le sens, nécessaire pour comprendre l'utilité de son travail et savoir à quoi l'on contribue réellement.
- La confiance, qui permet de donner de l'autonomie aux salariés, de les responsabiliser et de favoriser une coopération plus efficace.
Elle a rappelé que les salariés ne peuvent véritablement être acteurs de leur travail que s'ils disposent d'une marge d'action, comprennent la finalité de leurs actions et évoluent dans un environnement fondé sur la confiance.
La question du sens a occupé une place centrale. Le travail ne doit plus être considéré comme une finalité absolue, mais comme un moyen au service de la vie. Pour donner envie de s'engager, les entreprises doivent donc être capables de relier leur activité à une finalité plus large, sociale, sociétale, environnementale ou humaine.
Cette réflexion a trouvé un écho particulier avec les échanges de la journée sur les nouvelles générations, l'intelligence artificielle et l'avenir du syndicalisme.
« Pour faire sens, le travail doit concéder aujourd'hui à n'être qu'un moyen au service de la vie. » - JULIA DE FUNÈS
Une première édition qui en appelle d'autres
Cette première rentrée INOVA CFE-CGC a permis de partager une conviction commune : le syndicalisme ne peut rester pleinement utile que s'il reste connecté au réel.
Comprendre les nouvelles générations, protéger les salariés face aux évolutions du travail, maîtriser les enjeux juridiques, anticiper les effets de l'intelligence artificielle, renforcer la formation et inventer de nouvelles formes d'engagement sont autant de défis pour les années à venir.
Cette première édition a posé les bases d'un rendez-vous appelé à s'inscrire dans le calendrier d'INOVA CFE-CGC.
Rendez-vous en 2027.